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Les plus beaux road movies à regarder quand on a envie de tout quitter

Il y a des films qu’on regarde tranquillement depuis son canapé et qui finissent par poser un vrai problème logistique : soudain, on veut refaire son sac, quitter la ville, marcher beaucoup trop loin ou acheter une vieille voiture qui tombera probablement en panne avant Lyon. C’est ça, la force d’un bon road movie. Il ne parle pas seulement de kilomètres, de routes désertes ou de paysages qui claquent. Il raconte surtout le parcours de quelqu’un qui part parce qu’il cherche une réponse, une liberté, une réparation, parfois juste un endroit où respirer.

Into the Wild : partir pour disparaître, puis se trouver

Difficile de parler de road movie sans commencer par Into the Wild. Réalisé par Sean Penn en 2007, le film suit Christopher McCandless, incarné par Emile Hirsch, jeune diplômé qui quitte sa famille, donne ses économies, traverse les États-Unis et finit par rejoindre l’Alaska. Le film est adapté du livre de Jon Krakauer et dure 148 minutes, soit largement assez pour avoir envie de tout plaquer… puis de réfléchir deux secondes.

Into the Wild n’est pas seulement un grand shoot de liberté avec des paysages américains et un sac à dos poussiéreux. C’est aussi un film sur l’idéalisme, la solitude, le rejet d’un monde trop cadré et les limites du rêve de fuite. Magnifique, oui. Inspirant, souvent. Mais clairement pas un tuto pour partir vivre seul dans un bus en Alaska avec trois idées romantiques et pas assez de préparation.

Into the Wild
Into the Wild

Wild : marcher pour recoller les morceaux

Avec Wild, réalisé par Jean-Marc Vallée en 2014, la route se fait à pied, sac beaucoup trop lourd sur le dos. Reese Witherspoon incarne Cheryl Strayed, partie seule sur le Pacific Crest Trail, après la mort de sa mère, la fin de son mariage et une période où sa vie part sérieusement en vrille. Le film parle d’une randonnée de plus de 1 000 miles, soit plus de 1 600 kilomètres, entreprise presque sans expérience.

Mais ici, la marche n’a rien d’un exploit sportif bien propre avec gourde assortie aux chaussures. Chaque étape sert à remettre un peu d’ordre dans le chaos. Là où Into the Wild raconte une fuite radicale, Wild parle plutôt de reconstruction. Cheryl n’essaie pas de disparaître du monde. Elle avance pour réussir à y revenir, un pas après l’autre.

Thelma & Louise : prendre la route pour reprendre le pouvoir

Sorti en 1991 et réalisé par Ridley Scott, Thelma & Louise commence presque comme un week-end entre copines. Deux femmes montent dans une voiture, quittent leur quotidien, prennent la route. Sauf que rien ne se passe comme prévu. Le voyage devient une fuite, puis une révolte, puis quelque chose de beaucoup plus fort : une façon de reprendre la main sur leur propre histoire.

Avec Susan Sarandon et Geena Davis, le film transforme la route américaine en espace de liberté, mais aussi en point de non-retour. Ce n’est pas le road trip joyeux avec playlist et snacks sur le siège arrière. C’est un film sur l’amitié, la colère, la peur, et cette envie brutale de ne plus rentrer dans une vie trop petite.

Thelma et Louise
Thelma et Louise

Carnets de voyage : traverser un continent et changer de regard

Avec Carnets de voyage, réalisé par Walter Salles en 2004, le road movie prend une dimension plus politique. Gael García Bernal y incarne le jeune Ernesto Guevara, bien avant qu’il ne devienne le Che. En 1952, il traverse l’Amérique du Sud avec son ami Alberto Granado, d’abord à moto, puis avec les moyens du bord. Leur périple couvre plusieurs milliers de kilomètres, de l’Argentine jusqu’au nord de l’Amérique du Sud.

Ici, la route n’est pas seulement belle. Elle dérange. Le personnage découvre la pauvreté, les injustices sociales, les malades, les travailleurs exploités, les frontières invisibles entre les mondes. Il ne revient pas juste avec des paysages plein la tête. Il revient changé, et pas qu’un peu.

Tracks : traverser le désert pour ne dépendre de personne

Moins connu, Tracks mérite clairement sa place dans cette sélection. Réalisé par John Curran, le film s’inspire du périple de Robyn Davidson, partie en 1977 traverser le désert australien avec quatre chameaux et son chien. À l’écran, Mia Wasikowska marche, avance, fatigue, doute, recommence. Pas de grande tirade sur la liberté toutes les dix minutes. Juste du sable, de la chaleur, du silence et une femme qui veut aller au bout de son idée.

La traversée fait environ 2 700 kilomètres, d’Alice Springs jusqu’à l’océan Indien. Ici, la quête tient en peu de mots : ne dépendre de personne, se prouver quelque chose, et tenir debout quand tout pousse à renoncer.

Little Miss Sunshine : le road trip familial qui cache une crise collective

Avec Little Miss Sunshine, on quitte les grands élans solitaires pour monter dans un vieux van jaune avec une famille au bord de l’implosion. Le but officiel : traverser une partie des États-Unis pour accompagner Olive, 7 ans, à un concours de beauté pour enfants en Californie. Le vrai sujet : six personnages enfermés ensemble, chacun avec ses frustrations, ses rêves ratés, ses silences et ses petites catastrophes personnelles.

Sorti en 2006, le film de Jonathan Dayton et Valerie Faris prouve qu’un road movie peut être drôle, tendre et complètement cabossé. Ici, personne ne cherche l’Alaska ou une révélation mystique. Chacun cherche juste sa place. Et franchement, vu l’état du van, ce n’était pas gagné.

Little Miss Sunshine
Little Miss Sunshine

Nomadland : la route comme nouvelle façon d’habiter le monde

Avec Nomadland, la route devient beaucoup plus silencieuse. Pas de grande évasion spectaculaire, pas de van décoré pour Instagram, pas de promesse de liberté livrée avec coucher de soleil obligatoire. Frances McDormand incarne Fern, une femme qui prend la route après avoir perdu son mari, son emploi et presque tout ce qui faisait tenir sa vie debout.

Elle vit dans son van, enchaîne les petits boulots, dort sur des parkings, traverse l’Ouest américain et rencontre d’autres nomades modernes. Le film, réalisé par Chloé Zhao, parle autant de liberté que de précarité, autant de grands espaces que de solitude. C’est un road movie plus réaliste, plus lent, moins confortable aussi. Ici, partir ne règle pas tout. Mais cela permet de continuer.

Les meilleurs road movies ne donnent pas seulement envie de voyager. Ils posent une question un peu plus gênante : qu’est-ce qu’on cherche vraiment quand on part ? Christopher veut disparaître, Cheryl veut se reconstruire, Thelma et Louise veulent reprendre le contrôle, Fern veut continuer à vivre autrement. Certains fuient, d’autres marchent, roulent, traversent, recommencent. Et c’est pour ça qu’on les regarde encore : parce qu’on a tous déjà rêvé de prendre la route, même sans savoir exactement vers quoi.

Béatrix Benoist d’Anthenay

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